Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Ca fait toujours moins mal la première fois

Réponse à un défi sur "La première fois", dans un contexte de fan fiction Harry Potter

La journée avait commencé comme toutes les autres. Réveil à huit heures et demi, bonjour parental machinal, chocolat chaud-tartines fraises. Mais une boule au plus profond de son estomac commençait à prendre forme. Ce n’était encore qu’un infime chatouillis, rien qui puisse alarmer qui que ce soit. Il mit ça sur le dos de l’excitation en prévision de la journée qu’il allait passer. Une sortie au zoo de la ville. Quelques gorgées de chocolat chaud suffirent à dissoudre le mal de ventre.

« - Dis maman, on verra aussi des autruches ? questionna le petit.
- Oh, Remus je suis vraiment désolée, on ne va pas pouvoir aller au zoo aujourd’hui. Il fait un bien trop mauvais temps pour ça ! » répondit sa mère d’un air désolé.

Thyana écarta les rideaux de la cuisine d’une main pour que son fils constate de lui-même les pluies diluviennes qui s’abattaient sur la ville. Le petit Remus soupira, il attendait cette sortie depuis une semaine déjà. L’euphorie laissa place à la déception.
Lorsqu’il remonta dans sa chambre pour jouer avec son hibou, il sentit que le chatouillis du matin refaisait surface. Il n’avait pourtant plus aucune raison d’exister. Mais il redoutait cette journée. Inconsciemment.

¤¤¤



« - Que dirais-tu d’aller au cinéma ce soir mon bonhomme ? Je t’emmène voir ce que tu veux, proposa son père d’un air enjoué pour essayer de lui faire oublier sa déception du matin.
- Oh oui ! Oh oui ! répondit le petit Remus en sautillant d’impatience. On y va quand ?
- Andrew ! »

Le ton sec de sa mère stoppa l’euphorie installée. Elle lança un regard de reproche en direction de son mari. Un regard qui remplaçait les mots qui allaient avec. Pour ne pas choquer le petit. Ou l’attrister encore plus. Andrew entrouvrit la bouche, comme s’il se souvenait de l’interdiction qu’il avait failli braver. Le petit Remus ne comprenait pas du tout ce qu’il se passait et il s’agrippa à la manche de son père. Tout en la secouant, il brailla :

« - Papa ! Papa ! On y va quand dis ? Dis on y va quand ?
- Un autre jour mon bouchon, papa avait oublié que ce soir le cinéma était fermé, déclara Thyana devant l’air dubitatif de son mari.
- C’EST UNE JOURNÉE NULLE !! »

Le petit garçon s’enfuit en courant du salon et s’enferma dans sa chambre en claquant la porte. La petite boule inoffensive dans son estomac s’était nourrie de toute cette colère et cette tristesse et durcissait rapidement. Très vite, elle prit de l’ampleur et l’inquiétude laissa place à la terreur. Qu’avait-il à redouter ? Rien de très concret, juste une impression bizarre qui le taraudait depuis le réveil.
Il avait abandonné ses parents, impuissants devant sa colère, qui ne pouvaient rien faire d’autre qu’attendre. Oui, on leur avait dit d’attendre. Que si rien ne se passait, alors ils n’auraient plus rien à craindre. Mais qu’il fallait s’attendre au pire. Il faut toujours s’attendre au pire, cela évite la déception.

Assis sur son lit, il commençait vraiment à se sentir bizarre. Comme si son corps allait exploser en millions de particules. Et puis il avait chaud. Très chaud. Cette boule allait donc réellement le faire disparaître ? Il avait dû crier sans s’en rendre compte, car ses parents venaient d’accourir à son chevet. Sa mère avait le visage déformé par les larmes qui ne cessaient de couler. Il voulut lui demander pourquoi elle pleurait, si elle aussi sentait cette chose envahir son corps. Mais il ne produisit qu’un souffle rauque. Son père lui tenait la main, lui chuchotant de ne pas s’inquiéter, que tout irait bien. Mais lui, il voulait savoir ce qu’il se passait, pourquoi ça faisait si mal, s’il allait mourir.

« - Chut, mon petit Remus, le médecin a dit que c’était normal d’avoir peur la première fois. Il…, la voix de Thyana s’étrangla dans sa gorge, il a dit que les autres fois ça irait mieux. »

Elle avait dit ça d’un air peu convaincu, parce que la souffrance de son fils lui faisait mal, que celle-ci soit expliquée ou non. Remus regarda par la fenêtre et vit le satellite qui ferait son malheur tous les mois jusqu’au restant de ses jours. Les cratères de sa face visible ronde et pleine semblaient dessiner un personnage au sourire confiant. Comme pour lui dire qu’à présent ils étaient complices et qu’il n’avait plus rien à redouter.

La douleur de la petite boule s’était dissipée, il n’avait plus peur, il savait maintenant ce qui lui arrivait. Mais il n’était pas d’accord. Il vaut mieux ignorer la douleur que l’on va subir ; si celle-ci est programmée d’avance, alors elle sera doublement plus cruelle car on la saura inévitable.

Mars
 2007.

Haut de page