Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Qui a tué la vieille dame ?

Atelier écriture de la fac sur "La vie secrète des objets", répondre avec eux à la question "Qui a tué la vieille dame ?" Juin 2009

Un bon de magasin froissé dans sa main ridée. "Pour une visite chez nous le 1er Juin, nous vous offrons 100 points !" L'encre avait déteint sur la peau. Il faisait si chaud. Et comme un bourdonnement dans l'atmosphère. Bon dieu, mais qui a tué la vieille dame ! Un attroupement s'était formé autour du corps. Circulez, y'a rien à voir. Même les morts ont besoin d'air.
Ses doigts étaient encore recroquevillés sur son sac. Une habitude quand on traverse ce parc. Ces jeunes à roulettes ne sont pas tous des enfants de choeur. Tout ça ne rime à rien, qui a tué la vieille dame ? L'impatience grondait. La foule bouillonnait. On se mit à vider le sac de son contenu. Les empreintes, on en a rien à balancer. Elle était trop vieille pour mourir d'un coup, elle avait dépassé le cap. Il fallait un coupable. Comme si le contenu du sac allait révéler de toutes lettres le nom de l'assassin. Faut-il être bête pour croire que les objets témoins d'un crime se mettent brusquement à parler ?
Etrange. Elle semblait aller faire ses courses et pourtant, aucun porte-monnaie en vue. On ne tue pas quelqu'un pour un porte-monnaie. En tout cas, pas la vieille dame. L'inventaire se poursuivait. Les objets volaient du sac et passaient de main en main. Quelqu'un avait-il au moins prévenu la police ? Une main brandit une carte grise et sale. Manipulée des centaines de fois. Le papier de l'assurance était jauni et collé au plastique. Aucun intérêt. Aucune vie depuis des années. Dépêchez-vous, vous ne savez pas vous y prendre.
L'attroupement autour du corps ne cessait de croître. Il faisait de plus en plus chaud. Les lèvres remuaient. Chantaient toutes la même chanson. Qui a tué la vieille dame ? La poche arrière de son sac recelait un petit tube bleu. L'étiquette était arrachée. Des petites billes blanches sans dénomination volèrent. Cris de surprise. La foule s'enhardissait. Qui pouvait donc manquer de délicatesse à ce point ? Quelqu'un avait tué la vieille dame !
Une boîte de lunettes de soleil et un ipod prirent place. Les mains palpaient. Moiteur. Les bouches s'écriaient. C'était du dernier cri. Ca n'était pas dans les habitudes de la vieille dame. Vous avez bien vu ses habits. On se rendit compte qu'un autre sac avait été happé par la foule. On ne pouvait plus avoir confiance en personne. Le brouhaha s'amplifiait alors que la police arrivait enfin. Ils emportèrent le corps. Les lèvres remuaient. Les bras s'agitaient. Circulez, y'a rien à voir. Il faisait chaud.
Dans la paume de la vieille dame était resté imprimé "Offre limité à un seul bon par foyer".

Haut de page